Pourquoi les répartiteurs de charge dynamiques sont-ils à proscrire ?

Un répartiteur de charge est un dispositif permettant de partager entre plusieurs points d’ancrage – souvent trois - les efforts s’exerçant sur un mousqueton. Il est constitué d’un anneau de corde semi-statique monté de manière spécifique entre le mousqueton chargé et ceux qui sont installés sur les points d’amarrage entre lesquels on souhaite répartir cette charge.

Depuis quelques temps, on note dans certains départements une tendance à utiliser des répartisseurs de charge réalisés en corde dynamique, sans doute avec l’idée que ces cordes apporteraient une plus grande capacité d’absorption d’un choc éventuel.

Cependant, ce choix n’a pas été retenu par le SSF et ne se trouve donc pas mentionné dans la dernière édition du Manuel du sauveteur. Il y a à cela plusieurs raisons.

Glissement défavorable

On parle bien entendu là, du glissement et de l’arrêt des brins de cordes à leur point d’entrecroisement au niveau du mousqueton principal utilisé sur un répartiteur.

La gaine d’une corde dynamique est beaucoup plus glissante que celle d’une corde statique. De ce fait, si l’un (ou deux) des trois ancrages d’un répartiteur venait à rompre, le glissement de la corde dynamique dans le mousqueton principal où s’entrecroisent les cordes serait facilité de beaucoup. Ce glissement pourrait entraîner une force de choc importante lors de l’arrêt de la chute, une situation qui pourrait dans certaines configurations s’avérer dangereuse tant pour la victime que pour son contrepoids.

Au contraire, une corde semi-statique présente au niveau du mousqueton principal des frottements notables qui ralentissent l’équilibrage des brins après rupture, et diminuent donc la violence du choc. Cet avantage est augmenté du fait que ces frottements consomment sous forme de chaleur une partie de l’énergie parasite mise en jeu par la rupture. Tous les essais réalisés dans nos campagnes de tests de 1996 ont montré qu’avec un répartiteur statique le glissement est souvent faible, et qu’en tout cas il n’occasionne pas de rééquilibrage violent du répartiteur.

Allongement et élasticité parasites

L’allongement et l’élasticité inhérents aux cordes dynamiques s’opposent à la recherche de l’efficacité maximale qui est un critère essentiel du choix des techniques préconisées par le SSF. On en trouve l’illustration dans deux domaines essentiels :

1. Lors de l’utilisation d’un contrepoids (ou balancier), l’installation d’un répartiteur dynamique :

  • entraîne un effet yoyo nuisible au confort de l’évacuation ;
  • est incompatible avec les cas de reprise de traction où les efforts sont maximum alors qu’il faut faire franchir au plus juste un obstacle à une civière ;
  • est discutable voire nuisible, on l’a vu à propos du glissement, au plan de la sécurité

2. Dans le cas des tyroliennes, les mêmes difficultés se présentent. Elles sont aggravées par la diminution considérable, du fait de l’élasticité, de la tension qu’on souhaiterait appliquer à la corde, ce qui peut interdire le franchissement de certains obstacles.

Au même titre qu’une mise en tension trop peu énergique, ou qu’un verrouillage bâclé qui va glisser, la mise en place d’un répartiteur de charge dynamique occasionne inévitablement une perte de la tension finale de la tyrolienne de plusieurs dizaines, voire d’une centaine de DaN !

Absence de tests de validation

Aucun test en laboratoire n’a été réalisé avec de la corde dynamique dans les configurations qui sont les nôtres en exercice ou en opération : il est donc difficile d’en connaître les caractéristiques et les limites.

Conclusion

Ces raisons techniques conduisent le SSF à déconseiller clairement l’utilisation des répartiteurs de charge dynamiques, et d’ailleurs, l’usage de cordes dynamiques en général. Les cordes auxquelles il est fait référence dans le Manuel du sauveteur du SSF sont exclusivement de type A ou B, deux catégories de cordes semi-statiques. Il n’y est jamais fait état de cordes dynamiques, lesquelles se déclinent en cordes à simple, à double, ou jumelées.

Rappelons que ce manuel tient lieu en France de référentiel pour la pratique des secours souterrain et qu’il s’impose à tous les sauveteurs du SSF sans exception. Ceci dans un objectif premier de sécurité, mais aussi avec un souci d’harmonisation de nos techniques qui permet d’assurer au quotidien l’efficacité mais aussi la mixité de nos équipes.

Il est important de se souvenir que cette doctrine a des conséquences non négligeables en matière de responsabilité. En cas de « pépin » grave survenant dans le cadre d’une opération de sauvetage, entraînant une incapacité permanente ou un décès de la victime, une enquête de gendarmerie est automatiquement diligentée. Elle recherche systématiquement tous les éléments à charge ou à décharge. En de telles circonstances, l’usage d’un répartiteur dynamique, non préconisé par le SSF, pourrait être retenu contre les utilisateurs mais aussi contre le Conseiller Technique en charge de l’opération.

Tout comme d’ailleurs un non-respect de la norme relative à la gestion des EPI que nous appliquons tous, depuis le 1er janvier 2007, pour la mise à disposition de matériel de secours dans le cadre d’entraînements ou d’opérations de sauvetage…

La Cellule de Veille Technique 

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